Interview Luca Di Fulvio « il n’est pas obligatoire d’avoir le même sang pour constituer une famille »

Je suis ravie d’avoir pu poser quelques questions à Luca Di Fulvio au moment de la sortie de son dernier livre Mamma Roma, et je dois dire que si, je ne l’avais pas lu havant, je me serais certainement jeté dessus après avoir découvert les réponses.

Merci à Suzanne Jamet attachée de presse de Luca Di Fulvio, à 20 minutes sans qui cet interview n’aurait pas pu avoir lieu et bien entendu à l’auteur au grand cœur. Je suis très heureuse d’inaugurer la rubrique des interviews grâce à lui.

Articles 20 minutes

Trois personnes que le destin conduit à Rome en 1870, cœur battant de l’Italie. Leurs chemins se croisent au milieu de cette ville prometteuse, et leurs rêves apparaissent comme un lien magique. Mais Rome l’éblouissante, l’insaisissable, présente des défis inattendus à ses nouveaux admirateurs. Jusqu’au jour où un événement dramatique secoue la Ville éternelle…

Parution : 9 septembre 2021 – Éditeur : Slatkine et Cie – Traduction : Elsa Damien – Pages : 685

Après New York (Le Gang des rêves) et Buenos Aires (Les Prisonniers de la liberté), l’intrigue de votre dernier roman, Mamma Roma, paru  le 9 septembre, fait évoluer les personnages dans Rome. Est-ce un retour aux sources, comme si vous vouliez boucler une boucle ?

C’est probable. Vous venez de me donner une idée pour répondre aux journalistes ! Non, je plaisante. Je suis désolé, mais j’aime être le clown du groupe. En fait non, je ne voulais boucler aucune boucle. Ma vie d’homme et d’écrivain suit son cours, un peu au hasard, je ne suis pas quelqu’un qui planifie les choses. Rome et ces personnages sont venus à moi comme une feuille portée par le vent. Et je les ai attrapés.

Votre roman, se déroule à Rome, que représente cette ville pour vous ? Et pourquoi y planter  votre intrigue ?

Je suis né à Rome et j’y vis, mais je descends de deux familles du nord de l’Italie. Et savez-vous ce qu’il m’arrive aujourd’hui encore ? Les vrais Romains me demandent : « Mais d’où viens-tu ? ». J’ai un accent qui n’est pas vraiment romain. Par conséquent, je n’ai jamais pu me considérer comme un vrai Romain. Et dire que c’est à soixante-quatre ans, avec ce livre, que j’ai découvert à quel point j’étais attaché à cette ville, horrible et merveilleuse, perfide et séduisante, chaotique et mystérieuse. En fait, j’ai découvert que c’était ma ville. La raison pour laquelle l’histoire se déroule ici, à Rome, c’est qu’il s’agit de la ville où nous sommes enfin devenus des Italiens, où nous sommes devenus une Nation. Et, si je puis me permettre un acte de vanité, je dirais que nous avons rendu service au monde entier. Car avec la prise de Rome le pouvoir temporel du Pape a pris fin. Il est redevenu ce qu’il aurait dû être, un prêtre, et non un roi ou un Empereur avec son armée.

L’intrigue se déroule au XIXème siècle, période particulièrement troublée politiquement, puisque l’unité nationale est en toile de fond. Pourquoi avoir choisi cette période de la naissance du nationalisme italien ? Avez-vous souhaité mettre cela en parallèle avec l’individualisme ou justement mettre l’accent sur l’unité que l’Homme doit rechercher ? Notamment face aux évènements auxquels il est confronté ?

C’est exactement ça. Vous avez tapé dans le mille. Mon objectif était de trouver une période historique en phase avec le parcours et les projets de mes personnages. En l’espèce, la quête de la famille. Or, choisir Rome, c’est créer une famille italienne. J’ajouterais que le passé, s’il n’a aucune référence avec notre présent, est une chose morte et donc inutile. L’Unité de l’Italie est au contraire très vivante, elle nous renvoie à l’Union européenne. Pas un  regroupement économique composé de différentes nations, mais des nations qui conservent leur identité et partagent des idéaux communs, dont le premier doit être la défense des plus faibles et les droits des femmes.

A la lecture de Mamma Roma, on sent votre attachement aux valeurs familiales, filiales, amicales et cela malgré l’indépendance de vos personnages. Quel a été votre point de départ pour la construction de votre intrigue ? La période historique ou vos personnages ?

La raison pour laquelle je pense que mes romans ne peuvent pas être définis comme des romans historiques est que les personnages naissent d’abord dans ma tête avec leurs rêves et leurs désirs et qu’alors seulement je leur trouve un décor, une « maison historique » où ils peuvent vivre. Dans ce roman, j’ai très fortement ressenti le besoin de raconter à quel point il est important d’avoir des bases solides pour prendre son envol dans la vie et d’abord un noyau de personnes prêtes à vous soutenir et à grandir avec vous. On appelle cela une famille. Et il n’est pas obligatoire d’avoir le même sang pour constituer une famille. La solidarité est son fondement. J’ai l’air très ennuyeux, n’est-ce pas ? Mais mon livre ne l’est pas, je crois. Parce que j’aime l’aventure. Je suis grand lecteur de Dumas, du Comte de Monte-Cristo, des Trois Mousquetaires. Ils font partie de moi. Je tiens à rassurer mes lecteurs : mon livre n’est pas ennuyeux.

Vos trois personnages principaux de Mamma Roma (la comtesse, Pietro un orphelin, et Marta qui refuse de vivre dans l’ombre) partagent un idéal mais sont aussi confrontés à la souffrance, tout en étant en quête d’une vie meilleure, pour grandir et trouver leur place. Comme si vous vouliez dire à vos lecteurs que, dans la vie, il faut se battre si l’on veut trouver le bonheur. Est-ce un peu votre vision de la vie ?

Je pense que la vie n’est pas facile. Voilà. Même les plus chanceux ont déjà reçu de belles gifles. Chacun d’entre nous tombe plusieurs fois dans sa vie. Mais peu importe combien de fois on tombe, ce qui compte c’est combien de fois on se relève. Vous avez raison, ce que je veux dire, c’est qu’il faut se battre pour ses rêves. À mon avis, rêver n’est pas seulement un droit. Permettez-moi de dire que c’est aussi un devoir. Je crois que le bonheur se trouve dans le combat pour soi encore plus que dans la réalisation d’un rêve.

Vous êtes ce que l’on peut appeler « un sacré raconteur d’histoires ! », car vos romans  sont à la fois, des romans d’aventures, d’amour, mais aussi des romans noirs, des romans historiques… Quelle est l’idée de départ qui a nourri Mamma Roma ? Avez-vous eu envie d’un retour aux sources ?

Si j’étais timide, je pourrais rougir de ce compliment. Je vous remercie du fond du cœur. Au départ il y avait la Comtesse. Elle est la première à naître. Une femme riche, même un peu garce, qui subit soudainement une terrible réalité : sa vie n’est pas réelle. Elle décide de revenir, comme si elle suivait une carte, au point où elle a perdu le chemin de sa vraie vie. Et de recommencer à partir de là. Mais elle n’est pas toute seule. Ce cheminement, elle le fait avec une femme qui est un peu sa mère et avec un garçon, Pietro, l’orphelin, qui est un peu son fils.

Auriez-vous une anecdote sur ce livre en particulier à nous raconter ?

J’en aurais beaucoup, à commencer par le fait que le nom de la Comtesse est celui de ma grand-mère. Mais il y a une chose qui m’amuse beaucoup, car ce sont les jeux auxquels on peut jouer en écrivant. Il y a deux ans, je me promenais le long de la Seine avec mon éditeur chez Slatkine et compagnie, Henri Bovet, et je lui parlais de l’idée de Mamma Roma. Je lui ai dit que je voulais un personnage de zouave. Nous passions devant le zouave du pont de l’Alma et il a ri en disant : « J’aime beaucoup les zouaves mais tout le monde se moque d’eux. Regarde, celui-ci sert à mesurer la hauteur de la Seine. » Et j’ai donc décidé de lui faire une blague. Le zouave de mon livre s’appelle Henri, comme lui, et son nom de famille est Béras, celui de sa mère. Henri Béras est un militaire qui n’a qu’un rêve : devenir éditeur. J’ai passé un bon moment avec Louis, son fils et mon complice, car nous avons organisé cette blague et Henri ne l’a su qu’en découvrant le livre.

Après vous avoir découvert en tant qu’auteur. Pourriez-vous nous parler de vous en tant que lecteur ?

Je suis avant tout un lecteur. Je ne peux pas savoir si dans dix ans j’aurai décidé de changer de métier, de devenir archéologue ou boulanger, mais je sais avec certitude que dans dix ans je serai encore un lecteur et que je le serai toute ma vie. Parce que la lecture est l’essence de la vie. J’avoue que j’ai un vice. Au lieu de lire les dernières parutions, je relis les romans classiques que j’ai déjà lus. Ce que vous y découvrez est incroyable. Le livre qu’on a lu dix ans plus tôt n’est plus le même. Il a changé. Avec vous. C’est pour cela que la lecture est l’essence de la vie. Parce que les livres sont vivants, ils changent, et comme dans un miroir extraordinaire fait de mots, ils vous montrent qui vous êtes devenu, où vous en êtes dans votre cheminement.

Je vais terminer par une indiscrétion, avez-vous déjà un nouveau projet de roman ?

Ce n’est pas une indiscrétion et, même si c’était le cas, je vous répondrais volontiers. Nous serons en 1633, l’année où se déroule le procès de Galilée. Galilée est jugé parce qu’il a osé dire que ce n’était pas le soleil qui tournait autour de la terre, mais le contraire. C’est un moment révolutionnaire. L’Église contre la science. Et bien sûr contre les femmes qui veulent se rapprocher du savoir, comme les hommes, ce qui était suffisant à l’époque pour être considérée comme une sorcière et condamnée au bûcher. Je n’ai pas écrit ce nouveau roman avec cette intention, mais je viens de comprendre à quel point l’époque choisie avait un sens aujourd’hui. Nous sommes tous scandalisés et inquiets de ce qui se passe en Afghanistan, en particulier pour les femmes. Eh bien, nous avons fait exactement la même chose. Des hommes de pouvoir, au nom de Dieu, ont brûlé des femmes, les mêmes qui sont désormais lapidées là-bas. Nous ne devons pas l’oublier.


Venise, 1515. Peu de villes auront connu autant d’injustices, de dangers, de misère et de vices. De liberté, aussi. Liberté pour Mercurio, petit voleur des rues, as du déguisement, pour qui le pavé romain est devenu trop brûlant. Liberté pour Giuditta, jeune et belle Juive, dont la religion semble ici tolérée – mais pour combien de temps ? Rien ne les vouait à s’aimer. Pourtant… Entre inquisiteurs et courtisanes, palais, coupe-gorge et canaux putrides, les amants de Venise feront mentir le destin…

Parution : 4 mai 2017 – Éditeur : Slatkine et Cie – Traduction : Françoise Brun – Pages : 797


New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de  » rêve américain « . C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

Parution : 2 juin 2016 – Éditeur : Slatkine et Cie – Traduction : Elsa Damien – Pages : 720


Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu’il assiste impuissant au massacre de toute sa famille. Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s’asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu’à la jeune Héloïse, fille d’Agnès, la lavandière du village qui l’accueillera sous son toit pour l’élever comme s’il était son fils.

Parution : 5 avril 2018 – Éditeur : Slatkine et Cie – Traduction : Elsa Damien – Pages : 636


1913, un paquebot quitte l’Europe. A son bord, trois jeunes en quête d’une seconde chance. Rosetta, jeune femme indépendante et rebelle, fuit son village italien. A la mort de ses parents, harcelée et violentée par la pègre, ayant perdu son honneur, elle n’a eu d’autre choix que d’abandonner la ferme familiale.

Parution : 12 septembre 2019 – Éditeur : Slatkine et Cie – Traduction : Elsa Damien – Pages : 653


Lily, Red et Max sont amis. Mieux : ce sont des pirates. Ensemble, ils ont formé un club, et explorent le port où ils ont grandi. En quête d’aventure, ils tombent un jour sur une vieille femme, qui attend son mari sur la jetée. Elle leur raconte l’histoire de la baie, leur baie, maudite depuis qu’un seigneur local a décidé d’enfermer dans son château une jeune fille qui refusait ses avances. La baie permettrait d’accéder à l’Autre Monde, un monde où tout ressemble au nôtre mais où tout fonctionne à l’envers. 

Parution : 8 octobre 2020 – Éditeur : Slatkine et cieTraduction : Elsa Damien – Pages : 221



Catégories :Interviews

12 réponses

  1. Super! Et bravo pour cette interview!!!! Luca est un auteur formidable et un homme bienveillant.

    Aimé par 1 personne

  2. C’est génial d’avoir pu interviewer un tel auteur. J’apprécie beaucoup celui-ci. Il est souriant et d’après les échos de ceux qui l’ont rencontré, il est super sympa. 🙂

    Aimé par 1 personne

Rétroliens

  1. « Mamma Roma » : Luca Di Fulvio plonge « là où les Italiens sont devenus une Nation » – Ju lit les mots

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