Kivousavé de Béatrice Hammer

La narratrice de Kivousavé grandit dans un univers délétère, entre sa grand-mère acariâtre et humiliante, et son père dominé par cette grand-mère. Sans sa mère – « qui vous savez », chuchotent sa grand-mère et ses amies.⠀

C’est une victime qui n’est jamais déclarée victime par personne. C’est en elle-même qu’elle trouve les ressources pour faire face à l’absence de Kivousavé et au mystère qui entoure sa disparition, et pour prendre sa vie en main. Ce roman a été publié une première fois il y a 25 ans, et je me demande s’il serait passé aujourd’hui, compte tenu de la réaction des adultes aux maltraitances que cette petite fille subit (lorsqu’elle réussit à les confier).⠀
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Pourtant, c’est peut-être justement pour ça qu’il est important qu’il soit republié aujourd’hui. Il n’enlève rien au fait qu’il faut dénoncer les maltraitances faites aux enfants et punir leurs bourreaux autrement qu’en comptant sur les tourments de leur conscience : le simple fait qu’il existe est une dénonciation. Mais il parle d’autre chose : la possibilité, quand l’autre n’est pas là, quand l’autre manque, quand cette absence est intolérable, de le recréer dans un dialogue sur le papier et de s’appuyer quand même sur lui. La possibilité, réussie, de s’appuyer sur l’écriture, sur des mécanismes qui sont ceux de la fiction (puisque la narratrice invente la mère dont on l’a privée) pour combler une faille de la réalité. Ce n’est pas la fiction qui puise dans la réalité : c’est la réalité qui change grâce à la fiction.⠀
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Ainsi, je suis frappée par la mise en scène du double sens du terme « roman » : Kivousavé est un roman ; mais c’est aussi le roman familial (au sens de Freud : les parents qu’on s’imagine pour pallier la déception des parents qu’on a) que se donne une fillette pour inventer son destin, casser une chaîne de transmission de traumatismes, être actrice de sa vie plutôt que victime. C’est donc un roman sur la puissance extraordinaire de l’écriture : sans l’écriture, les traumatismes et leur transmission intergénérationnelle écrivent littéralement une histoire toxique dans le corps d’un adulte en devenir ; avec l’écriture, ils sont déviés sur le papier.⠀
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Mais c’est aussi une fantastique histoire qui se dévore en quelques heures d’insomnie (la fatigue m’a obligée à le lâcher, mais mon esprit m’a réveillée pour le terminer avant la fin de la nuit). Un roman qui me fait mieux comprendre la genèse de Ce que je sais d’elle, aussi, avec lequel il partage cette manière de donner le premier rôle à un personnage que nous ne verrons jamais… mais sur lequel nous saurons tout. Allez, je vous le dis : tout – mais à la dernière page !

Parution : 15 octobre 2021 – Éditeur : Les éditions d’Avallon Pages : 260Genre : secrets de famille, roman noir, enfance

Kivousavé, on n’en parle qu’à mots couverts, à l’heure du thé. Kivousavé, c’est la mère de la narratrice, disparue quand elle avait deux ans. Depuis, l’enfant vit entre son père, trop faible, et sa grand-mère, qu’elle déteste. À 12 ans, elle découvre que sa mère n’est pas morte comme on le lui avait fait croire. Que cachent ces mensonges ? Pourquoi sa mère est-elle partie ? Qu’est-elle devenue ? La narratrice est sûre d’une chose : elle va la retrouver. Entre rire et larmes, humour et révolte, c’est la quête de soi d’une adolescente lumineuse que ce roman nous fait partager



Catégories :Les avis de Marceline Bodier

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18 réponses

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